Madagascar : Une campagne électorale sous tension

Depuis plusieurs jours, la marche pacifique du Collectif des candidats, regroupant 11 des 13 candidats à la présidentielle, a été secouée par les partisans du candidat Andry Rajoelina, certains en sont même venus aux mains, d’autres ont néanmoins essayé de dialoguer. Les partisans du président sortant ont saccagé la voiture de Marc Ravalomanana, ancien président de la République et candidat à la présidentielle. Il y a eu un décès. Chaque camp accuse l’autre d’en être responsable.

Dans ce contexte, la délégation de l’Union Européenne, la représentation de l’OIF pour l’Océan Indien, l’ambassade d’Allemagne, de la Corée, des Etats-Unis, de la France, du Japon, du Royaume Uni, et l’Ambassade de Suisse partagent les inquiétudes du haut-commissariat aux droits de l’homme quant à l’usage disproportionné de la force pour disperser les manifestations de l’opposition. Elles encouragent les efforts de dialogue susceptibles de déboucher sur des mesures concrètes à même de rétablir la confiance dans le processus et de permettre des élections réussies.

Cet usage de la force a déjà eu des répercussions sur le déroulement du scrutin. Lors de la première journée des manifestations, le candidat Andry Raobelina a été blessé au visage, surtout aux yeux. Un certificat médical atteste la nécessité d’une évacuation sanitaire et une incapacité de trente jours. Le candidat a adressé une demande de report de l’élection à la Haute Cour Constitutionnelle, autorité juridique responsable des élections. Celle-ci a décidé de reporter le premier tour du scrutin au 16 novembre, soit d’une semaine. Cette déclaration a quelque peu agacé Andry Rajoelina. Ce dernier a clairement dit à la Haute Cour Constitutionnelle de revenir sur sa décision.  Quelques minutes après, le site web de la Haute Cour Constitutionnelle a cessé de fonctionner, pour ne revenir que le lendemain, dans l’après-midi.

En observant toute cette cohue, Christine Razanamahasoa, la Présidente de l’Assemblée Nationale, estime que Madagascar est dans l’impasse à un mois de l’élection présidentielle. Du côté du Sénat, la situation est, pour le moins, floue. Herimanana Razafimahefa, Président de l’institution, a refusé d’endosser la responsabilité de Chef d’État par intérim. Il a ensuite décidé d’assumer finalement ce rôle, évoquant avoir reçu des menaces pour justifier son précédent refus. Les sénateurs du groupe perlementaire IRD (le parti d’AndryRajoelina) l’ont déclaré sénile, l’ont destitué et l’ont délogé de son bureau. Ils en ont profité pour officialiser l’arrivée d’un nouveau sénateur, le général Richard Ravalomanana, et, dans la foulée, l’ont élu à la présidence du Sénat. Le tout dans un silence assourdissant de la Haute Cour Constitutionnelle.

C’est cette même Cour qui a entériné la candidature d’AndryRajoelina, candidature que le Collectif des candidats ne cesse de récuser, vu sa nationalité française qui, légalement, lui fait perdre d’office sa nationalité malgache. Andry Rajoelinaestime qu’il n’y a plus lieu de discuter de sa nationalité : « le débat est clos car la Haute Cours Constitutionnelle a rendu sa décision » a-t-il affirmé lors d’une interview accordée aux chaînes publiques françaises France 24 et Radio France Internationale.


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