
Les recettes tarifaires jouent un rôle crucial dans de nombreux pays en développement, constituant une source majeure de financement pour des programmes sociaux essentiels tels que l’éducation, les soins de santé, les infrastructures routières, et autres éléments de la stratégie de développement économique gouvernementale. Un podcast entre Chad Bown, le Reginald Jones Senior Fellow à l’Institut Peterson pour l’économie internationale à Washington et Ana Fernandes, économiste en chef au sein du groupe de recherche de la Banque mondiale, partageant une histoire remarquable de fraude douanière au sein du gouvernement malgache, révélée par un groupe d’économistes du commerce créatifs, et les événements qui ont suivi.
Madagascar, célèbre pour sa biodiversité exceptionnelle et ses exportations de vanille, est également l’un des pays les plus pauvres du monde. Le pays dépend largement des importations, principalement de produits alimentaires, de biens manufacturés et de pétrole. Les recettes tarifaires, perçues à la frontière sur ces importations, représentent la moitié des recettes fiscales totales du gouvernement malgache. Dans les économies en développement telles que Madagascar, ces tarifs sont des impôts facilement collectés, jouant un rôle crucial dans le financement des services publics.
Ana Fernandes explique le processus d’importation à Madagascar, où un courtier en douane saisit les informations dans un système électronique dès l’achat d’un bien. Les déclarations en douane sont ensuite évaluées par un modèle de risque, déterminant le niveau de vérification nécessaire. Cependant, l’élément clé réside dans l’attribution d’un inspecteur spécifique à chaque déclaration. Bien que le modèle de risque soit confidentiel, elle suggère que des facteurs tels que le type de produit, la responsabilité tarifaire et des prix de référence sont pris en compte. Elle souligne également que l’environnement malgache est propice à la corruption pour plusieurs raisons.
Premièrement, le principal port malgache, Toamasina, ne compte qu’environ 16 inspecteurs chaque année, collectant plus d’un tiers des recettes fiscales du pays. Cette concentration signifie que chaque inspecteur peut avoir un impact significatif sur la performance macroéconomique du pays. Deuxièmement, Toamasina est un lieu relativement petit, avec environ 46 courtiers, qui non seulement font des affaires ensemble mais socialisent également en dehors du travail. Troisièmement, la faible crainte des sanctions pour comportement incorrect crée un environnement propice à la corruption. Une enquête menée auprès des inspecteurs des douanes révèle que seulement 6 % d’entre eux estiment que le comportement non éthique est sanctionné. De plus, le poste d’inspecteur des douanes, bien rémunéré et sécurisé, est fortement convoité malgré la possibilité de primes liées à la détection de fraudes.
Ana Fernandes explique ensuite les mécanismes de fraude douanière, soulignant deux méthodes principales. La sous-déclaration de la valeur d’un produit et la déclaration incorrecte du produit importé permettent aux courtiers et aux inspecteurs de collaborer pour réduire les recettes tarifaires.
Cette histoire met en lumière les tensions entre les impératifs de collecte de recettes tarifaires et la nécessité de faciliter le commerce dans les douanes des pays en développement. Elle souligne que si la tarification devient moins cruciale à mesure que les pays s’enrichissent, elle reste un élément essentiel dans les économies dépendantes des recettes fiscales.


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