
À Mayotte, les défis politiques et administratifs s’accumulent, entre les réformes internes indispensables et une ambition grandissante d’intégration régionale, notamment au sein de la Commission de l’océan Indien (COI). Hier encore, lors d’une session du Conseil départemental, le président Ben Issa OUSSENI a réitéré la volonté de l’île de renforcer son positionnement en matière de coopération régionale. Une requête marquée par le soutien du Président Macron, mais confrontée à des résistances bien établies.
Réformes locales et finances en voie d’amélioration
Les finances du département semblent en meilleure santé qu’en 2022, avec une progression de 15 % soit 53 millions d’euros supplémentaires, notamment grâce à la hausse des transactions immobilières qui ont atteint 66 millions d’euros. Cependant, des dépenses lourdes comme la masse salariale ou les frais de transport scolaire demeurent, et l’allocation personnalisée d’autonomie a atteint 27 millions d’euros pour 2023. Ali Omar, 3e vice-président du Conseil départemental, a souligné ces avancées, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre les efforts.
Parmi les initiatives futures, l’opération « Mayotte île propre », initialement prévue en juillet mais reportée à cause de la dissolution du gouvernement, vise à mobiliser la jeunesse et la population autour de la propreté et la préservation de l’environnement. Prévue pour octobre 2024, elle bénéficie d’un budget de 1,29 million d’euros.
La lutte contre l’immigration clandestine : une priorité
L’immigration clandestine, notamment en provenance des îles voisines comme Anjouan, reste un défi majeur pour l’île. L’opération « Mayotte place nette », visant à renforcer le contrôle des frontières, s’intensifie avec la mise à disposition de deux amphidromes de plus de 20 ans, destinés à intercepter les kwassas, ces embarcations fragiles utilisées par les migrants. Le Conseil départemental a ainsi acté des mesures concrètes pour mieux protéger les côtes mahoraises.
Patrimoine et développement culturel
Le patrimoine de Mayotte n’est pas en reste. Le Conseil a voté une demande de subvention de 150 000 euros auprès de la Direction des Affaires culturelles (DAC) pour la rénovation de la caserne de Dzaoudzi, monument historique fermé depuis 2020. Le Département entend valoriser ce patrimoine en renforçant les partenariats avec le rectorat, notamment avec la mise en place d’un professeur-relais au musée de Mayotte, pour encourager l’intérêt des jeunes pour l’histoire de leur île.
Mayotte et la Commission de l’océan Indien (COI) : une intégration difficile
Au-delà des réformes locales, la question de l’intégration de Mayotte à la COI domine les débats. Jusqu’à présent, La Réunion est le seul département français membre de cette organisation régionale. L’intégration de Mayotte permettrait à l’île d’accéder à des fonds européens à hauteur de 200 millions d’euros et de bénéficier de nouveaux projets en matière de développement durable et de gestion des ressources.
Cependant, cette adhésion se heurte à une opposition résolue des Comores, qui revendiquent toujours la souveraineté sur l’île. Avec le soutien de la Chine, qui voit dans cette querelle territoriale une opportunité d’accroître son influence dans la région, les Comores refusent toute évolution de la situation de Mayotte au sein de la COI. Ce blocage diplomatique représente un enjeu géopolitique majeur pour la France, qui tente de maintenir sa présence et son influence dans une région stratégique de plus en plus convoitée.
Un enjeu diplomatique et géopolitique de taille
L’intégration de Mayotte à la COI n’est pas qu’une simple formalité administrative : c’est un jeu diplomatique où s’entrecroisent les ambitions des États. En soutenant Mayotte, Emmanuel Macron espère renforcer la position de la France dans l’océan Indien, notamment face à des acteurs de poids comme la Chine. L’intégration permettrait à Mayotte d’accéder à une coopération accrue avec ses voisins insulaires, dans une région stratégique pour le commerce international, la sécurité maritime, et l’exploitation des ressources naturelles.
Toutefois, les obstacles demeurent nombreux. Si cette intégration pourrait offrir des perspectives économiques majeures, elle confronte la France à des résistances internationales, exacerbées par la montée en puissance de la Chine dans l’océan Indien. La France se retrouve face à un défi de taille : réussir à imposer la place de Mayotte au sein de la COI, tout en apaisant les tensions régionales et en consolidant ses intérêts stratégiques dans cette région convoitée.
En somme, entre la réorganisation des finances locales, la lutte contre l’immigration clandestine et les ambitions diplomatiques, Mayotte se trouve à un tournant crucial de son développement. L’intégration à la COI pourrait marquer un nouveau chapitre pour l’île, mais ce chemin est semé d’embûches, et la diplomatie sera un atout clé dans ce processus.
Nadia RAKOTOARISOA et Hadjani ANDRIANARINIVO


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