Madagascar : Vers une nouvelle approche pour éradiquer la corruption

La corruption continue de ronger Madagascar, sapant les fondements mêmes de la société. Pour faire face à ce fléau, une consultation régionale de deux jours s’est tenue à Antananarivo pour développer une nouvelle Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption (SNLCC). Objectif : casser le cycle de l’impunité et restaurer la confiance des citoyens.

Des solutions digitales au cœur de la stratégie

Les discussions ont souligné l’urgence d’adopter de nouvelles approches, notamment la digitalisation des processus administratifs. En automatisant les transactions publiques, l’idée est de limiter les contacts directs entre fonctionnaires et citoyens, terrain fertile à la corruption.
Ramasy Rakotonirina, expert en gouvernance, explique : « La digitalisation est cruciale pour réduire les opportunités de corruption. Quand tout est traçable et transparent, plus rien ne peut se dissimuler. » Cette proposition concerne les secteurs les plus vulnérables : les marchés publics, les transactions foncières, et même la délivrance des permis.

Institutions à bout de souffle

Cependant, cette volonté de réforme se heurte à une réalité implacable : le manque de moyens du Bureau Indépendant Anti-Corruption (Bianco). Malgré son rôle central, le Bianco est loin d’avoir les ressources nécessaires pour mener à bien sa mission. « Sans un soutien renforcé, tout nouvel effort restera vain », avertit Fidèle Andrianarisoa, consultant en gestion publique.
Il est donc indispensable de garantir l’indépendance du Bianco, en le protégeant des pressions politiques, tout en dotant l’institution des moyens financiers et humains nécessaires pour agir efficacement.

Un passé d’échecs

Depuis le lancement de la première SNLCC en 2004, Madagascar a connu plusieurs tentatives de réforme. Mais les résultats peinent à convaincre. Le pays est classé 147e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de 2023, un score qui reflète l’inefficacité des stratégies passées.
« Les campagnes de sensibilisation n’ont pas été suffisamment soutenues par des actions punitives », constate Rasoarivelo Toky de Transparency International Madagascar. En 2022, sur des milliers de plaintes, seules 300 affaires de corruption ont été jugées, souvent des cas mineurs, tandis que les dossiers impliquant des hauts fonctionnaires disparaissent, renforçant un sentiment d’impunité.

La société civile et les médias en première ligne

Malgré ces difficultés, la société civile et les médias restent des acteurs clés dans la lutte contre la corruption. Ils dénoncent, malgré les menaces, les pratiques corruptives et sensibilisent le public à travers des initiatives comme I-Toroka, une plateforme anonyme qui a enregistré plus de 5 000 signalements en 2023.
Mais l’impunité persiste. Pour inverser la tendance, des réformes profondes sont indispensables, notamment l’automatisation des enquêtes et un véritable soutien politique.


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