Grève illimitée au Conseil Départemental de Mayotte : Les agents dénoncent des conditions de travail intenables

Depuis ce lundi 28 octobre 2024, les agents du Conseil Départemental de Mayotte sont en grève illimitée pour protester contre la détérioration de leurs conditions de travail et des réorganisations incessantes qui, selon eux, empêchent toute stabilité dans les services. Ce mouvement, initié par l’intersyndicale, vise à sensibiliser l’opinion publique aux difficultés auxquelles sont confrontés les employés et à mettre en lumière des cas de harcèlement sexuel et moral qui resteraient souvent tus.

Conditions de travail insalubres et organisation déstabilisante

Anifat Rafion, porte-parole de l’intersyndicale, dresse un portrait accablant de la vie quotidienne au sein du conseil départemental. « Le département rend malade ses agents, autant psychologiquement que physiquement, » déclare-t-elle. Les locaux, jugés insalubres, contraignent les agents à patienter pour obtenir un bureau ou un ordinateur. Les réorganisations successives, sans vision claire, érodent leur capacité à se stabiliser dans leurs fonctions : « À peine avons-nous le temps de nous adapter qu’une nouvelle réorganisation survient. Il n’y a aucun cap, » déplore Anifat.

Harcèlement et climat toxique : un lourd silence

Les conditions de travail déjà éprouvantes s’accompagnent d’accusations de harcèlement sexuel et moral. Anifat affirme que ces cas de harcèlement font partie du quotidien, mais qu’ils restent souvent sous silence en raison du manque de sensibilisation et de protection pour les victimes. « Les gens ont besoin de se sentir en sécurité avant de pouvoir témoigner, » explique-t-elle. Cette omerta contribue à maintenir un climat de tension et d’injustice dans un cadre professionnel déjà fragilisé.

Une grève progressive pour alerter sans paralyser

Pour l’heure, l’intersyndicale a opté pour une grève progressive, visant à sensibiliser la population sans perturber de manière excessive les services. À ce stade, seule la gratuité de la barge est assurée, sans autre interruption majeure. Cependant, si aucune avancée n’est obtenue, les syndicats se disent prêts à intensifier le mouvement pour accroître la pression sur les responsables publics. Les agents espèrent ainsi être entendus et obtenir des mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de travail.

Dialogue de sourds et attentes concrètes

Une première rencontre avec le président du Conseil Départemental n’a apporté aucune solution. « On nous a présenté des intentions, mais nous demandons des actes concrets, » insiste Anifat. Les agents attendent un engagement fort de la part de leur direction, des actions tangibles qui répondent aux préoccupations exprimées et qui garantissent leur bien-être.

Jours fériés et acquis sociaux : une remise en question contestée

Parmi les revendications, l’intersyndicale critique une délibération visant à supprimer des jours fériés associés aux fêtes mahoraises pour atteindre le quota de 1 607 heures de travail annuel. « Il manque 39 heures pour atteindre ce quota. Nous avons proposé d’ajouter dix minutes de travail par jour pour y parvenir. Pourquoi toucher aux acquis sociaux mahorais ? » questionne Anifat. L’intersyndicale milite aussi pour que le temps de trajet vers les bureaux soit inclus dans le temps de travail effectif, une demande qui vise à mieux reconnaître les conditions spécifiques des agents.

Nadia RAKOTOARISOA


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