La Réunion : Une coopération régionale pour reconstruire Mayotte

Après le passage dévastateur du cyclone Chido, le projet de reconstruction de Mayotte mobilise l’attention des autorités françaises et des acteurs économiques de l’Océan Indien. Ce jeudi, à Saint-Denis, le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a réuni les principales organisations économiques réunionnaises pour discuter de l’intégration des entreprises de l’île dans cet ambitieux chantier. 

Un pont économique entre deux îles liées par l’histoire

Manuel Valls a souligné l’importance de s’appuyer sur les liens historiques et culturels entre Mayotte et La Réunion pour répondre aux besoins urgents de reconstruction. « Il serait absurde de ne pas s’appuyer sur ce lien. Les entreprises réunionnaises ont un savoir-faire unique et des matériaux adaptés à ces besoins », a-t-il déclaré. Ce projet reflète une volonté de renforcer les collaborations inter-îles, tout en apportant des solutions durables à Mayotte.

BTP réunionnais 

Avec un secteur BTP en difficulté à La Réunion – 3 000 emplois perdus en six mois – les entreprises locales voient dans ce projet une opportunité de relancer leur activité. Anthony Lebon, président de la FRBTP, a souligné la disponibilité des compétences réunionnaises. « Nous avons des compagnons du BTP qualifiés qui peuvent contribuer. Le lien entre La Réunion et Mayotte s’est fait naturellement », a-t-il déclaré.

Cependant, cette mobilisation ne doit pas exclure les petites et moyennes entreprises. Didier Fauchard, président du Medef Réunion, a plaidé pour un allotissement des marchés, permettant aux TPE et PME de participer. « Sinon, elles seront exclues », a-t-il averti.

Transférer les compétences pour une autonomie durable

Au-delà de la reconstruction, le projet inclut un volet essentiel : le transfert de compétences aux Mahorais. Cyrille Rickmounie, de la Capeb, a insisté sur l’importance de former localement. « Il ne suffit pas de reconstruire. Nous voulons intervenir, mais aussi former sur place pour bâtir une autonomie durable », a-t-il expliqué.

Des défis à relever

Cette coopération soulève toutefois des questions. Gérard Lebon, président de la CPME Réunion, a averti contre le risque de déséquilibre économique. « Il ne s’agit pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre. La Réunion aussi fait face à des tensions sur l’emploi », a-t-il rappelé.

Autre point sensible : la création d’une zone franche à Mayotte. Bien que destinée à attirer les investissements, cette initiative pourrait, selon certains, inciter des entreprises réunionnaises à délocaliser. Didier Fauchard appelle à la prudence : « Pour le moment, on ne sait pas de quoi on parle quand on évoque cette zone franche ».

Une reconstruction porteuse d’espoir

Pour coordonner ces efforts, un établissement public sera créé, chargé de superviser les travaux à Mayotte. Avec ce projet de loi d’urgence présenté prochainement en conseil des ministres, la France ambitionne de reconstruire Mayotte en deux ans.

Nadia RAKOTOARISOA


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