Génération Z Madagascar : quand la jeunesse défie l’ombre des délestages et de la répression


Dans les rues d’Antananarivo, un drapeau pirate aux couleurs malgaches : symbole de liberté et de défi face à l’injustice. 

Antananarivo, 25 septembre 2025. Depuis hier, la jeunesse malgache a décidé de briser le silence. Sous la bannière d’un collectif émergent, Génération Z Madagascar, des centaines de jeunes, rejoints par des voix influentes de la scène culturelle et numérique, se sont levés pour dénoncer des maux devenus insupportables : les coupures incessantes d’électricité et d’eau, la corruption enracinée, les abus de pouvoir et une pauvreté organisée.

Un geste qui peut sembler banal ailleurs, mais qui, ici, relève du courage pur. Car à Madagascar, une contestation qui froisse l’ego du pouvoir peut vous envoyer droit en prison – ou pire.

Quand les voix numériques portent la rue

Les influenceurs Neptuniaa, Aaron en parle ou encore Big Tobias ont utilisé leurs plateformes pour amplifier ce cri de ras-le-bol. Leurs messages circulent comme des étendards :

« Et si, au lieu de faire peur aux gens et de les mettre en prison, on réglait simplement la situation ? »

Une génération qui refuse la peur et qui, à travers ses smartphones, transforme les hashtags en pierres d’angle d’une contestation inédite.

Et si, au lieu de faire peur aux gens et de les mettre en prison, on réglait simplement la situation ? – Aron en parle

Un pays saboté de l’intérieur

Ce mouvement ne surgit pas de nulle part. Depuis des années, le quotidien des Malgaches est rythmé par :

des écoles fermées faute de salaires payés aux enseignants, des infrastructures délabrées qui rendent impossible l’accès à l’eau courante ou à une électricité stable, un système encouragé à la corruption dans toutes les sphères de l’État.

Chaque panne de courant, chaque robinet à sec devient une étincelle. Le cri de “Mila jiro, mila rano !” (“Nous voulons de la lumière, nous voulons de l’eau”) scandé aujourd’hui à Ambohijatovo est l’expression brute de ce désespoir collectif.

La peur d’État

Anticipant la mobilisation, la préfecture d’Antananarivo a interdit la manifestation et réquisitionné un large dispositif policier. Ce matin, le centre-ville était quadrillé : barrages filtrants, rues désertées, ambiance de siège. L’ambassade de France a recommandé à ses ressortissants d’éviter la zone, signe que la crainte d’un dérapage était partagée au-delà des frontières.

À Ambohijatovo, les premiers rassemblements ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes. Les manifestants, jeunes pour la plupart, se sont reformés à plusieurs reprises, déjouant la peur par la ténacité. Les slogans résonnaient malgré les tirs de sommation.

Le prix du silence

Les journalistes malgaches connaissent ces réalités. Mais leurs plumes se brident souvent : non par manque de courage, mais parce que le prix d’un article jugé “hostile” n’est pas une sanction pécuniaire, mais l’ombre de la prison, l’humiliation d’un interrogatoire musclé, parfois la torture.

Un appel au-delà des frontières

Ce mouvement dépasse les frontières de l’île. C’est un appel à la solidarité régionale : Réunionnais, Comoriens, Mauriciens, Malgaches de la diaspora. Ce qui se joue aujourd’hui à Antananarivo, c’est la capacité d’une génération à dire non, à réclamer un futur où l’eau et la lumière ne sont pas des privilèges mais des droits.

La Génération Z malgache, arborant comme symbole un Jolly Roger revisité d’un chapeau traditionnel malgache, transforme l’imaginaire en résistance pacifique. Elle appelle chacun à être témoin :

Tout ceux qui disposent d’un smartphone lors de cette manifestation sont invités à partager leurs clichés, leurs vidéos, leurs preuves.

Et demain ?

L’État a répondu par l’interdiction et les matraques. Mais dans les rues, un parfum d’avenir s’est répandu : celui d’une jeunesse qui, au lieu de céder à la peur, choisit d’affirmer son droit à la dignité.

L’histoire retiendra peut-être que c’est par un hashtag et une marche interdite que la lumière s’est rallumée dans la Grande Île.

Marine Vlody


Laisser un commentaire