Comores : Une foire mensuelle pour libérer le potentiel des femmes rurales

Le 11 novembre 2024, la Journée mondiale de la femme rurale a été célébrée avec éclat au Rotary Club des Comores, sous le thème évocateur : « Les femmes rurales cultivent une alimentation de qualité pour tous ». Une cérémonie qui a salué les efforts des femmes rurales, actrices-clés d’une agriculture qui fait vivre le pays, mais qui a aussi mis en lumière les embûches qu’elles doivent encore surmonter. Cette année, un projet phare a retenu l’attention : la création d’une foire mensuelle de produits vivriers pour renforcer l’autonomie économique des productrices et participer à la sécurité alimentaire nationale.

Femmes rurales, pilier invisible de l’économie

Il est bien connu que l’agriculture aux Comores, qui représente 40 % du PIB, repose en grande partie sur les épaules des femmes. Elles cultivent manioc, maïs, bananes et légumes, nourrissant la nation. Pourtant, leur travail reste souvent dans l’ombre, entravé par un accès limité aux ressources, une formation insuffisante et un marché peu accessible. Combien d’entre elles peuvent prétendre vendre leur récolte à un prix équitable ? Pas beaucoup.

C’est là que l’initiative de la foire mensuelle prend tout son sens. Offrir aux femmes rurales une tribune régulière pour écouler leurs produits, c’est leur donner une chance de sortir du cycle infernal de la précarité. Avec des prix compétitifs et l’élimination des intermédiaires gourmands, le programme espère, en prime, freiner l’inflation alimentaire qui gangrène les économies rurales.

Une arme contre l’inflation

L’idée n’est pas simplement de donner un coup de pouce aux productrices. C’est un plan stratégique pour garantir l’autosuffisance alimentaire des Comores d’ici 2030. Car aujourd’hui, les femmes rurales peinent à acheminer leurs produits vers les marchés, entre coûts de transport exorbitants et faible rentabilité. La foire, en apportant le marché à leur porte, devient un levier essentiel.

Elle pourrait aussi stabiliser les prix alimentaires, qui ont flambé de 15 % en 2023, selon l’Institut national de la statistique des Comores (INSC). En vendant directement aux consommateurs, les productrices auraient une maîtrise bien plus grande de leur revenu, et les ménages comoriens, une protection face aux fluctuations imprévisibles du marché mondial.

Rendre visible l’invisible

Au cœur de cette journée de célébration, un message fort a été martelé par le ministre de l’Agriculture : « Les femmes rurales sont les héroïnes de notre production alimentaire, mais elles restent trop souvent invisibles ». Le gouvernement promet des formations agricoles, financières et marketing pour moderniser les pratiques. Mais promesses et réalités ne font pas toujours bon ménage.

Près de 60 % des femmes rurales n’ont pas accès aux crédits nécessaires pour améliorer leurs exploitations. L’accès à la terre, autre pierre d’achoppement, freine également leurs ambitions. D’où l’urgence de mettre en place des programmes concrets qui ne se limitent pas aux belles paroles.

Fitiavana HARISOA


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