
La 16e Conférence des Parties (COP16) de la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique (CDB) s’est conclue le 2 novembre à Cali, en Colombie, avec des résultats à la fois encourageants et inachevés. Malgré une suspension prématurée due à une perte de quorum, les représentants mondiaux ont franchi une étape historique : un accord pour le partage des bénéfices issus des informations de séquence numérique (DSI) sur les ressources génétiques. Retour sur les avancées et les défis de cette conférence cruciale pour la biodiversité mondiale.
Déroulement et suspension de la COP16
Organisée à Cali, cette COP16 a réuni des délégués internationaux, des représentants des peuples autochtones et des communautés locales, des organisations non gouvernementales et d’autres parties prenantes engagées dans la préservation de la biodiversité. Cependant, après 12 heures de discussions intensives, la conférence a été interrompue faute de quorum, alors que certains points de l’agenda restaient encore à résoudre. Cette suspension imprévue a souligné l’importance des engagements collectifs pour affronter la crise de la biodiversité.
Les avancées majeures de la COP16 : Accord sur le partage des DSI et Fonds de Cali
L’un des points forts de la COP16 a été l’accord sur le partage des bénéfices issus des informations de séquence numérique (DSI) des ressources génétiques, une première au niveau mondial. Ce mécanisme permettra de générer des ressources financières en faveur de la biodiversité, notamment pour les pays en développement. Les DSI représentent des informations essentielles pour la recherche scientifique et le développement technologique, et leur partage équitable marque une avancée significative dans la conservation de la biodiversité.
Autre résultat majeur, la création du « Fonds de Cali ». Ce fonds vise à soutenir les pays en développement dans la mise en œuvre du Cadre Mondial pour la Biodiversité de Kunming-Montréal, en concentrant particulièrement les efforts sur les besoins des communautés autochtones, des jeunes et des femmes. Une partie des fonds sera également allouée à la formation et au transfert de technologies. Cet accord place le partage des bénéfices au cœur de la préservation de la biodiversité, une première étape vers la justice environnementale et sociale.
Perspectives et défis restants
Malgré les avancées, de nombreux défis persistent, notamment en ce qui concerne la mobilisation des ressources financières. Le ministre seychellois de l’Agriculture, du Changement climatique et de l’Environnement, Flavien Joubert, a exprimé ses inquiétudes à ce sujet, soulignant que le financement reste insuffisant pour répondre aux besoins des stratégies nationales. Selon lui, « les pays développés doivent honorer leurs engagements financiers pour permettre la mise en œuvre des actions de conservation de la biodiversité ». Il a insisté sur l’importance de poursuivre les efforts de plaidoyer pour obtenir les ressources nécessaires.
Réactions et impact pour les Seychelles
Pour les Seychelles, cet accord représente une opportunité de renforcer la conservation des écosystèmes marins et côtiers, précieux pour l’archipel. Le ministre Joubert a salué les décisions prises lors de la COP16, notamment celles concernant la lutte contre les espèces envahissantes et la conservation des îles et zones côtières, essentielles pour son pays. Cependant, il a aussi souligné que des actions supplémentaires et des financements sont indispensables pour appliquer pleinement ces mesures.
Du côté des organisations locales, le directeur de Nature Seychelles, Dr Nirmal Shah, a exprimé sa déception face à la lenteur de certains progrès. Selon lui, « ce COP a été une déception, car de nombreux pays n’ont pas encore présenté leurs nouvelles stratégies nationales de biodiversité ». Il a également mis en avant le manque de financement pour le fonds mondial de la biodiversité, ajoutant que les Seychelles devront explorer d’autres options de financement pour préserver leurs espèces et habitats.
En dépit de ses limites, la COP16 a envoyé un message fort : il est urgent de faire la paix avec la nature, comme l’a souligné la secrétaire exécutive de la CDB, Astrid Schomaker. Cet appel à l’action résonne dans le monde entier et incite les nations à appliquer le Cadre Mondial pour la Biodiversité en synergie avec l’Accord de Paris sur le climat. La conférence reprendra à une date ultérieure pour aborder les questions non résolues, mais l’horloge continue de tourner pour la biodiversité.
Nadia RAKOTOARISOA


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