Madagascar – Énergie : Factures pleines, lampes vides : qui paie l’addition ?

La Jirama lâche du lest, les opérateurs privés débarquent. Et pendant ce temps, les villages comptent les jours sans courant.

Ambatomainty, pas de lumière. Anosibe, pas de lumière. Antsalova ? Pas mieux. Voilà le quotidien dans des dizaines de localités de Madagascar. Pendant ce temps, à Antananarivo, les discours brillent d’optimisme : la Jirama annonce des partenariats privés, des projets, des plans. Mais dans les faits, c’est l’échec d’un modèle d’État qu’on commence à sous-traiter.

Car oui, la Jirama recule. Et ce n’est pas un scoop. L’entreprise publique, asphyxiée par ses dettes, incapable d’assurer un service minimum, a décidé de céder la main, du moins en partie. Cinq accords ont été signés depuis janvier avec des opérateurs privés. Le dernier, avec WeLight, vise à électrifier les zones rurales. Traduction : là où l’État a failli, d’autres tenteront de faire le boulot.

« On vit dans le noir, mais on paie comme si on avait la lumière »

Liva, enseignant à Morarano, en a ras-le-bol. Il paie sa facture chaque mois. Mais sur 30 jours, il en passe souvent 15 sans courant. « Quand les élèves ne peuvent pas réviser le soir, quand les médicaments pour le centre de santé tournent au vinaigre faute de frigo… ce n’est plus un problème technique, c’est une violence. »

La Jirama achète l’électricité à prix d’or et la revend à prix cassé. Résultat : une dette considérable. Et aucune marge pour réparer, investir, innover. L’entreprise est en train de sombrer et avec elle, des milliers de foyers.

Réforme ou aveu d’échec ?

Au sommet de l’État, on préfère parler de « modernisation » : révision des statuts, projets de parcs solaires, mise en service d’une centrale HFO de 105 MW. Mais qui croit encore que le système va s’auto-réparer ? On bricole, on délègue, on repousse l’échéance. Pendant ce temps, des zones entières de l’île vivent dans le noir, littéralement et symboliquement.

Le gouvernement s’aligne sur les recommandations de la Banque mondiale, mise sur des investissements privés, et joue la carte du Pacte énergétique lancé en janvier à la conférence « Mission 300 » en Tanzanie. Mais derrière les acronymes et les jolies annonces, des enfants font leurs devoirs à la bougie.

Quand le courant ne passe plus, il faut rallumer autre chose : la colère

Il ne s’agit plus seulement d’électricité. Il s’agit de justice. Pourquoi les grandes villes sont-elles toujours servies les premières ? Pourquoi les campagnes doivent-elles se contenter de promesses creuses ? Pourquoi ceux qui n’ont rien doivent-ils payer les erreurs d’un système bancal ?

Ce que la Jirama appelle « gestion déléguée » ressemble fort à un désengagement. Et tant mieux si des opérateurs locaux, sérieux et proches des réalités peuvent changer la donne. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas une réforme courageuse. C’est une fuite en avant.

Alors que la lumière revient, timidement, dans quelques villages, c’est aussi le temps de rallumer une autre énergie : celle de la parole, de la vérité, du droit à un service public digne.

Hadjani ANDRIANARINIVO

Laisser un commentaire