
On leur parle d’intelligence artificielle. Eux luttent déjà pour avoir du réseau.
Le 10 mai à Ivato, des dirigeants d’entreprise se réuniront autour d’un thème en apparence simple : comment adapter son leadership à l’ère numérique ? En apparence seulement. Parce qu’à Madagascar, le numérique n’est pas qu’un enjeu de transformation, c’est un champ de mines.
Oui, certains patrons font des visios sur Zoom. Mais combien doivent encore attendre la fin d’une coupure d’électricité pour envoyer un mail ? Oui, ChatGPT circule. Mais dans combien d’entreprises les salariés n’ont toujours pas accès à un ordinateur ?
Cette 2ème rencontre des dirigeants, organisée par Peak Business Partner, ose enfin poser une vraie question : peut-on continuer à parler de « modernisation » quand les inégalités d’accès sont aussi criantes ?
Le Dr Fabrice Lollia, expert en technologies et leadership, résume sans détour : « Le numérique ne doit pas remplacer l’humain, mais le servir. Et pour ça, il faut regarder la réalité : tout le monde n’a pas les mêmes outils. »
Fracture numérique – fracture sociale
À Madagascar, 6,31 millions d’internautes pour 30 millions d’habitants. Sur le papier, ça paraît bien. Mais la fracture est énorme. À Tana ou à Diego, on capte. Dans le Sud ou sur les Hauts-Plateaux, c’est la débrouille. Et pourtant, le numérique s’infiltre. Par WhatsApp, par les smartphones à 100 000 ariary, par les forfaits à la carte. Même sans réseau stable, les Malgaches s’adaptent. Mais à quel prix ? Télétravailler quand tu n’as pas d’électricité. Former ton équipe quand la moitié ne sait pas utiliser une suite bureautique. Mesurer la performance quand tu n’as que des échanges vocaux.
C’est cette zone grise pas tout à fait déconnectée, pas vraiment équipée ; que vivent au quotidien des milliers de dirigeants. Et personne n’en parle franchement.
Du courage, pas du coaching
Ce que réclame cette rencontre, ce ne sont pas des conseils LinkedIn sur le « bon manager digital ». C’est du courage. Celui de dire que diriger dans ce pays, c’est souvent le faire à l’aveugle. Qu’il faut composer avec l’instabilité, l’improvisation, l’inégalité d’accès aux outils. Et pourtant : continuer, inventer, former, écouter.
Ce n’est pas une idée de start-up. C’est une nécessité de survie pour des centaines d’entreprises malgaches.
Hadjani ANDRIANARINIVO


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